L’entrepreneuriat : poil à gratter ou vitamine de la recherche ?


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Après 48h plongée au cœur du monde de la valorisation de la recherche au Congrès Curie, et me demandant finalement ce que j’ai pu retenir de ces deux jours, une question s’impose : la recherche et l’entrepreneuriat arriveront-ils un jour à partager un même langage ? Si une réponse tranchée est impossible, je me permettrais l’évocation de quelques signaux faibles et ou déjà forts, selon les environnements, permettant de croire en cette avenir autour d’une complémentarité porteuse de valeur pour chacun.

Je vous propose  3 signaux provenant chacun des acteurs du triptyque de cette relation recherche/entrepreneuriat :

Les valorisateurs

Je commencerai par les valorisateurs que j’ai pu côtoyer ces deux derniers jours. L’ambiance générale est au questionnement pour ne pas dire à la remise en cause. Il semblerait que le rôle du valorisateur réduit à celui de juriste soit quelque peu challengé, d’autant que certains modèles de valorisation ne mettent plus le sacro-saint contrat de « PI » (Propriété Intellectuelle ) au cœur du dispositif de valorisation. L’atelier « Open source, quelle valorisation au delà d’un simple transfert ? » fut l’occasion d’échanges intéressants et animés autour de cette question. Une participante lança la question, de façon ouvertement provocatrice « Mais alors nous n’avons plus rien à valoriser ? ». L’atelier intitulé « Le droit de la PI est insuffisant voire dépassé par l’économie numérique » en fut une autre belle preuve. Ces questions légitimes compte tenu du business model actuel de la valorisation est, à mon sens, un signal fort de la nécessité de trouver de nouveaux business model de valorisation. Pourquoi alors, ne pas imaginer des business models qui laissent une part plus grande à un partage de valeur itératif entre les labos et les entreprises. Un partage de valeur plus adapté à la réalité du marché. Mais pour cela, il est urgent et crucial que les valorisateurs soient plus impliqués dans l’analyse du potentiel marché et pourquoi pas co-conçoivent la stratégie avec le labo et l’entreprise ? Je me permets d’autant plus d’affirmer cela que les conversations dans les couloirs m’ont apporté des preuves tangibles de cette volonté si ce n’est de « l’envie » d’aller sur ces voies d’accompagnement des projets, à un niveau plus qualitatif et stratégique.

 

Les entrepreneurs

Parlons à présent des entrepreneurs.  Un chargé d’affaire d’un incubateur parisien me disait récemment crouler sous des candidats porteurs de projets de start-ups « light » c’est à dire, à ses yeux, peu solides en terme de PI et de différenciation, du genre de plateformes et réseaux sociaux qui pullulent sur des sujets variés. Et il ajoutait rêveur : « quand je pense à toutes les technos, les expertises et les capacités qui dorment dans les centres de recherche… ». Le voici notre autre signal :  les entreprises, de la start-up au grand groupe ont besoins de facteurs de différenciation solides, des facteurs qui permettent d’aller plus vite et plus loin.  Des trésors insoupçonnés sont trop bien cachés, il est grand temps de les sortir du boisseau !

 

Les chercheurs 

Quant aux chercheurs, population dans laquelle j’inclue les profils ingénieurs doctorants et post-docs de par la similarité de leur « câblage cognitif », saviez-vous  qu’ils sont les plus aptes à devenir entrepreneurs ou en tous cas à avoir une sensibilité entrepeneuriale quasi innée ? Cette sensibilité se traduit principalement par une grande capacité à accepter l’incertitude et à la transformer, mû par la conviction que l’on peut trouver des solutions dans toute situation ! Et voici le 3ème signal, les acteurs de la recherche sont proches, par nature, de l’entrepreneuriat. Une sensibilisation sur ce que ce dernier signifie faciliterait grandement l’émergence d’un langage commun.

 

Alors que faire de ces 3 signaux, ou plutôt comment faire pour que ensemble, ils transforment effectivement une relation complexe et parfois douloureuse en une relation porteuse de valeur pour chacun ? Bonne nouvelle, de nombreuses initiatives actuelles amorcent concrètement ce rapprochement :

  • les innopreneurs, la plateforme de sensibilisation proposée par le réseau Curie
  • le programme Horizon start-up, illustré par cette vidéo, lancé en interne par Inria dans une optique de sensibilisation des ingénieurs, doctorants et post-doc et auquel Vianeo participe en appui de l’équipe opérationnelle
  • les hackatons #ActInSpace organisés par la cellule de valorisation CNES
  • la Direction de l'innovation de l'Université Saclay a proposé la Certification Mentor aux chargés de valorisation des organismes de recherche du plateau de Saclay.

… J’en oublie et je suis sûre que dans un an, beaucoup d’autres seront à ajouter dans la liste ! Favorisons un langage partagé et une vision commune car chacun a besoin de l’autre. Le temps, comme le dit la baseline de Vianeo, n’est plus à « Capture the value » mais à « Share the value » !

Séverine Herlin

La preuve en image !