AGIR VITE : les 3 raisons pour lesquelles l’innovateur n’a pas le choix.


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Voici notre conseil de ce mois d’octobre 2020 qui pourtant dans le contexte ambiant, est plutôt au ralentissement à l’heure du couvre-feu à l’échelle quasi-nationale… et qui pour moi personnellement, est un sujet assez paradoxal alors que je m’apprête à « me retirer » pour quelques jours dans le silence et dans l’inaction !

« Agir vite » est pourtant bien un conseil donné aux entrepreneurs et d’une manière plus générale aux innovateurs. Mais attention ne nous y trompons pas, « Agir vite » ne doit pas être synonyme d’ « agir dans la précipitation ». L’action rapide ne doit en aucun moment faire perdre le souffle à l’innovateur ni ne doit lui faire perdre le « sens de l’histoire » ou « le Nord de son projet ». L’action rapide se doit d’être toujours précédée d’un temps de réflexion, de prise de distance et de discernement. Et c’est à cette seule condition que le passage à l’action pourra être justifié et tout simplement faisable et pertinent.

Mais alors pourquoi « agir vite » quel en est l’intérêt s’il semble que ce puisse être plus aisément un risque ?

Agir vite est directement lié à la forte capacité d’exécution de l’innovateur qui s’avère nécessaire pour 3 raisons :

1 - S’inscrire dans l’instant présent

L’innovateur plus que quiconque se doit de saisir les opportunités qui se présentent à lui au moment où elles se présentent. En effet, en contexte d’incertitude, le meilleur moyen d’agir est de saisir le « kairos ». Le terme illustre « l’occasion », « le moment propice, favorable ». Dans l'Antiquité, il a d'abord été utilisé dans le domaine médical, chez les disciples d'Hippocrate, pour indiquer qu'il y a deux façons d'échouer dans le traitement d'une maladie : intervenir trop tôt ou trop tard, alors qu'il existe un temps opportun (ce que les Grecs appelaient la crise) pour soigner. Les spécialistes de rhétorique se sont ensuite emparés du thème : il ne suffit pas d'exprimer une chose exacte, il faut encore le faire à propos. C'est Aristote qui, dans l'Éthique à Nicomaque, a érigé le kairos en catégorie centrale pour analyser les actions humaines : profiter du kairos, c'est savoir saisir ces instants rares, où nos désirs d'une part et, d'autre part, le contexte, coïncident.

L’innovateur navigue en perpétuelle quête de cette cohérence entre sa vision et les signaux du contexte, du marché, de l’environnement économique et social qui valident sa vision.

Or une grande partie des circonstances extérieures qui font émerger le terrain du kairos ne dépendent pas de l’innovateur, alors comment peut-il le saisir « juste » au bon moment ? Il ne semble pas exister de règles qu'il suffirait d'appliquer pour y arriver : l'art de saisir l'occasion n'est pas une science exacte. Cela réclame de l’observation, de l’écoute, de la finesse, du flair, de l'intuition, de la capacité d’analyse et de la dextérité pour ne pas manquer la furtive opportunité…Toutes qualités qui rendent remarquables outre les grands personnages et les fins stratèges, les innovateurs !

Cela suppose aussi que l’innovateur soit dans une posture permanente d’apprentissage pour être en capacité de faire sens de ce qui se présente à lui et qui peut lui permettre d’atteindre ses fins, celles de transformer et d’agir sur l’environnement afin que ce dernier voir effectivement la pertinence de ce qu’il lui apporte de nouveau.

2 - Se confronter constamment à la réalité

L’innovateur, entrepreneur ou intrapreneur, ne pourra saisir les opportunités qui se présentent à lui s’il ne se confronte pas à la réalité. Une lapalissade mais qui pourtant ne semble pas être dans l’esprit et dans le fonctionnement intuitif de nombreux porteurs de projets… Préférant « polir leur pomme », ils restent au chaud avec ce qu’ils nomment leur innovation mais qui n’est en fait qu’une « idée » ou une « invention » tant qu’elle n’est pas jetée dans la mare et confrontée à la réalité ! La posture “Techno push” est si largement répandue dans les start-ups...

Nous ne le dirons jamais assez, la confrontation du projet à la réalité est la condition sine-qua-non à sa réussite. La réalité est la seule certitude lorsqu’il s’agit de mener un projet exploratoire par définition incertain. Ainsi nous sommes convaincus comme l’affirme Peter Drucker que « Le futur se trouve plus aisément dans les opportunités invisibles du présent.» Là est le talent de l’innovateur que de rendre ces opportunités du présent visibles par une confrontation permanente, une écoute active, une analyse constante de ce qui se passe autour de lui !

Cette confrontation suppose, bien évidemment, de passer à l’action, de ne pas tergiverser sur la perfection de son produit notamment avant d’oser le montrer. Cela suppose de prendre des décisions et de les mettre en œuvre rapidement. La réalité ne pourra être transformée au contact de l’innovation que si l’innovateur y prend place réellement et occupe l’espace.

3 - Valider les hypothèses

Enfin, en se rendant présent et en prenant place dans la réalité, l’innovateur pourra valider la pertinence de son innovation, son adaptation, la réelle valeur ajoutée qu’elle apporte. Par les retours reçus du contexte extérieur au projet, il pourra rapidement savoir si la voix est la bonne ou s’il se situe dans une impasse. Au-delà du premier enjeu de valider les hypothèses relatives à la stratégie marché, cet enjeu se situe à tous les niveaux du management de son projet qu’il s’agisse des sujets relatifs à l’embauche de collaborateurs, aux finances, à l’organisation interne, aux actions de communication et de marketing…

Un entrepreneur, à l’issue d’une journée de travail sur son projet avec l’appui de la méthode de Business Design de Vianeo, affirmait avec le sourire « Je n’ai pas validé ma preuve de désirabilité, je décide aujourd’hui, devant témoins, d’arrêter mon projet. » Et de poursuivre avec le sourire, « Il ne me reste plus qu’à aller vérifier auprès de ma femme que j’ai bien cette preuve de désirabilité est bien toujours validée avec elle ! ». Et ce qu’il l’emmenait à cette conclusion prise en toute sérénité et même avec une touche d’humour, ce fut le fruit d’une prise de recul que nous lui forcions à prendre sur l’ensemble des actions qu’il avait menées jusqu’à présent et en particulier l’analyse des échanges avec les acteurs économiques et sociaux concernés par son projet. Une prise de recul salutaire, une forme de “business discernement” qui lui a permis d’affirmer sans émotion que la pertinence et la viabilité de son projet était loin d’être acquise.

Le plus rapidement l’innovateur sera en capacité de valider ses hypothèses, le moins de temps, d’efficacité et par conséquent d’argent, il perdra à errer dans la recherche de la réelle valeur ajoutée de son projet sur le marché.

Ces 3 étapes nécessaires à la vie du projet innovant, saisir l’opportunité, se confronter à la réalité et valider les hypothèses, supposent que l’innovateur ait la capacité et la volonté d’agir rapidement, de passer à l’action, d’exécuter, mais toujours avec réflexion, recul et discernement.
En effet, l’action relève de la tactique et de l’intelligence de situation, là où la stratégie relève de la vision et de l’ambition. L’un et l’autre sont inséparables dans le quotidien d’un projet innovant.

Séverine Herlin - CEO Vianeo